Conclusion des états généraux de la culture

Nous avons voulu dédier ce moment aux victimes des attentats de Paris et Saint-Denis vendredi dernier.

etats-generaux-culture-20-novembre

Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,Je m’adresse à vous aujourd’hui dans des circonstances dramatiques.
Il n’est pas nécessaire que je les rappelle. Chacun les a encore l’esprit.

Comment oublier ce sentiment d’horreur qui nous a tous sidéré, vendredi soir ?
Après cette nuit de cauchemar, nous sommes restés sans voix, comme interdits, comme abasourdis, par la violence abjecte et lâche de ces attaques terroristes.

Ce moment qui nous réunit cet après-midi, devait être un temps de fête et de réjouissance, autour de notre engagement commun pour la culture. Je veux le dédier à toutes les victimes de Paris et de Saint-Denis. Je pense aussi à nos amis maliens qui viennent d’être frappés à leur tour !

Je veux, en notre nom à tous, exprimer notre solidarité la plus totale, notre compassion la plus sincère à leurs familles et à leurs proches. Leur deuil est le nôtre, parce qu’à travers eux, c’est nous qui étions visés vendredi.

En s’attaquant à des terrasses de café, en s’abattant sur une salle de spectacle, en frappant les abords d’un stade, ils ont voulu détruire le bonheur que nous éprouvons à être ensemble.

Ils s’en sont pris aux lieux où l’on peut échanger, vibrer, rire, faire la fête. Ils étaient convaincus, en cela, de miner notre culture du vivre-ensemble et notre joie de vivre. Mais nous sommes là, cet après-midi, empreints d’un esprit de résistance, pour dire « nous continuerons à vivre ». « Nous ne leur ferons pas l’honneur d’avoir peur ».

Les attentats de janvier étaient le fait du même ennemi et procédaient de la même logique. La logique du totalitarisme qui a toujours brulé les livres, interdit la musique et détruit le patrimoine. Le film magnifique d’Abderrahmane Sissako sonne aujourd’hui comme une alerte.

Des bouddhas de Bâmiyân aux mausolées de Tombouctou, du grand temple de Bel de Palmyre au musée du Bardo, l’islamo-totalitarisme poursuit un chemin, celui du « vide de la pensée ».

Un vide, qu’Hannah Arendt a décrit.
Un vide qui veut rendre les hommes et les femmes « superflus », sans valeur.

Alors oui, aujourd’hui nous sommes en guerre contre – il faut les nommer – les terroristes de Daech.

Leur objectif c’est la haine de tous contre tous. C’est le chaos.
C’est pour cela que nous sommes aussi en guerre contre les dissensions, les stigmatisations.

En guerre aussi pour ne tolérer aucun propos raciste, antisémite, islamophobe. Je le dis : faire des amalgames, c’est se rendre complice des terroristes.

Notre France est belle quand elle fait corps avec la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité. Elle est forte quand elle puise le meilleur de ses valeurs universelles.

C’est ce visage magnifique de la France qu’ont offert ces milliers de portes ouvertes par les Parisiens pour accueillir ceux qui cherchaient un refuge. C’est aussi ce texte admirable du mari d’une des victimes qui dit simplement aux bourreaux : « vous n’aurez pas ma haine ».

Oui nous sommes en guerre aujourd’hui.
Mais nous le sommes sans haine.
Cette guerre, c’est aussi par la culture que nous la mènerons.

La culture qui élève. Comme le disait Malraux, elle « donne aux hommes la grandeur qu’ils ignorent en eux ». La culture qui libère aussi. Elle bouleverse les idées reçues. Elle casse les déterminismes. Elle est un « antidestin », comme doit toujours l’être la République.

Chaque progrès pour la culture a été toujours une conquête de l’émancipation. Cette ambition ne doit pas céder aujourd’hui à la tentation du repli.

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Avec les États généraux, nous voulons donner à la culture une place plus belle encore à Rennes.

Servir le bouillonnement des projets. Faire honneur à l’excellence culturelle de nos grands établissements, de nos festivals. Regarder ce qui, au-delà des statuts, des histoires, des disciplines nous relie, nous constitue.

Nous souhaitons aussi prendre le temps, pour écouter les attentes, réfléchir et construire ensemble, dans l’esprit de notre Fabrique citoyenne.

En objectivité, je crois, que nous avons réussi ensemble.

Je veux vraiment remercier chacun de sa participation, de son enthousiasme, de son imagination partagée, durant ces six mois. Remercier aussi notre adjoint à la culture, Benoit Careil, d’avoir suivi cet élan avec l’énergie et la bienveillance que nous lui connaissons.

Deux mille participants aux ateliers et aux cafés-culture : c’est une force pour une ville. Ça doit être aussi un motif de fierté. Les consultants, qui nous ont accompagnés – je remercie Eric Fourreau et Pascale Bonniel-Charler – nous en ferons un retour, dans quelques instants.

Je veux m’arrêter sur quelques axes seulement, qui entrent en résonnance – je dirais presque en résistance – dans la période troublée que nous traversons.

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Faire culture à Rennes après les Etats généraux, c’est d’abord parler de la dignité de chaque individu et de la place que nous devons faire à chacun.

Ces quartiers de Paris et de Saint-Denis ont été visés car ils sont les symboles du métissage et du brassage de notre pays. Ils ont été attaqués parce qu’ils sont le visage d’une France plurielle, d’une France colorée, d’une France métissée.

La France a toujours été un ensemble de pièces différentes. Mais elle a été cousue, unie par une adhésion profonde à des idéaux. C’est ce que nous donnerons à voir à travers une nouvelle formule de « Rennes au pluriel ». Nous mettrons au premier rang notre diversité, l’égale dignité des cultures dans notre récit national.

La citoyenneté doit être notre rempart contre tous les replis, tous les dénis.

L’année prochaine nous transformerons l’esplanade Charles-de-Gaulle et les Champs Libres, en une grande agora citoyenne, en un grand Forum du Bien commun. Nous rassemblerons tous ceux qui font vivre le débat à Rennes, tous ceux qui l’aiment et qui l’animent.

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Faire culture, après ces États généraux, c’est aussi faire davantage confiance à la jeunesse. La jeunesse qui a été la cible des attaques. La jeunesse qui a soif d’audace, de création, de liberté.

Nous devons lui faire toute sa place. C’est notre responsabilité.

Je suis fière, fière pour Rennes, quand je vois la Piccola Familia triompher sur toutes les scènes de France.

La jeunesse a envie de parler et nous avons besoin de l’écouter.

Dans une ville comme Rennes, qui est la deuxième ville la plus jeune de France, ce n’est pas du jeunisme de le rappeler.

Alors, pour eux, nous allons oser.

Oser la carte blanche à de jeunes talents dans des institutions culturelles de Rennes. Les Champs Libres l’ont expérimenté durant les Premiers Dimanches.

Oser ouvrir de nouveaux lieux. Des lieux d’échanges, de travail, de rencontre, d’expérimentation. Je pense bien évidemment à l’Hôtel à Projets à Pasteur dont nous voulons faire, avec Sylvie Robert, un symbole des croisements éphémères entre acteurs et entre disciplines, un lieu d’hospitalité.

Comment ne pas parler aussi de la Cité, ce lieu emblématique de notre ville rock, de notre ville belle et rebelle ? Là aussi, nous allons oser l’ouvrir à des collectifs de jeunes.

Nous allons créer à la Cité une Université d’été artistique, qui sera destinée aux jeunes artistes et à tous les étudiants, toute discipline confondue, pour qu’ils puissent continuer à apprendre et échanger auprès d’artistes confirmés et de professionnels.

Nous allons tenter enfin des formes de parrainage et de tutorat artistique pour permettre aux jeunes créateurs d’être égaux devant les réseaux professionnels.

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Faire culture, enfin – c’est une conviction profonde qui m’anime – c’est faire vivre l’égalité républicaine, en mettant l’art au plus près de toutes les vies quotidiennes.

La culture peut faire œuvre de thérapie pour redonner du sens commun.

Des jeunes gens de notre pays s’engagent aujourd’hui dans la voie de la radicalisation. Ils se bricolent des imaginaires de fortune, de refuge, alimentés par le ressentiment et la violence. Ils se noient dans la haine et la déraison.

À leur idéologie totale, mortifère, nous devons répondre par la plus grande fermeté, dès les premiers signaux. Mais le combat contre le fanatisme ne sera pas seulement policier ou judiciaire.

Nous devons aussi la mener sur le terrain de l’éducation et de la culture. Dans la quête de sens que poursuivent ces jeunes gens, l’art peut apporter, avant qu’il ne soit trop tard, une valeur, une signification, des mots, à ce qu’Albert Camus appelait «l’absurde du monde».

Alors, à nous de faire tomber les plafonds de verre et l’apartheid culturel.

À nous d’effacer le sentiment d’illégitimité qui empêchent certains publics de franchir les portes d’une bibliothèque ou d’un théâtre et de se saisir de leurs droits culturels.

Mettons l’art au plus près. Dans la rue, sur l’espace public.

C’est dans cet esprit que nous avons lancé la Saison des Dimanches. L’année prochaine sera une année d’expérimentation pour l’équipe des Tombées de la Nuit.

Ce que nous voulons, c’est investir résolument l’espace public. Faire se croiser les publics. Rendre accessible la culture en élargissant ses frontières à la gastronomie, au sport, au jardin. Redonner tout son sens aux loisirs et à ce qu’ils nous permettent.

En un mot, décloisonner.

Nous donnerons aussi un nouvel élan à la politique d’implantation d’œuvres d’art dans l’espace public.

Nous mettrons en place des résidences longues d’artiste, au cœur d’un quartier, sur le modèle de celle d’Yvon le Men à Maurepas. Chaque école, une année sur deux, recevra un artiste parce qu’il n’est pas d’éducation sans éducation artistique.

Nous tisserons aussi des jumelages. Des jumelages entre une institution culturelle et un quartier. Des jumelages, pendant 3, 4, 5 ans, pour que progressivement les liens de connaissance, de confiance se tissent et que des projets émergent.

Enfin l’art au quotidien, c’est bien sûr le patrimoine. Il est la cible de la barbarie parce qu’il est le visage de la civilisation. Il nous relie à ceux qui nous ont précédés. Nous le transmettons à ceux qui nous succéderont.

Nous avons lancé de grands projets de mise en valeur, du Couvent des Jacobins aux portes Mordelaises, de l’église Toussaints à la place Sainte-Anne.

Pour partager ce mouvement, pour le renforcer, nous proposons de lancer une « fabrique citoyenne du patrimoine » au travers d’un conseil consultatif du patrimoine. Une fabrique qui soit un outil de dialogue, un outil de débat autour des grands dossiers d’aménagements et des enjeux de l’urbanisme.

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Mesdames et messieurs, voilà, les lignes de force, la feuille de route que je voulais esquisser devant vous. Elle a été préparée, elle a émergé de vos idées et de vos propositions.

Nous allons maintenant la mettre en œuvre, progressivement, avec vous, grâce à vous. Nous vous en dirons plus dans un instant, notamment sur les prochains rendez-vous.

Chacun comprendra que nos discussions s’achèvent à 18h30 pour que ceux d’entre nous qui le souhaitent puissent participer, devant l’Hôtel de Ville, au temps de recueillement.

Un mot encore pour vous dire ma conviction que la culture, ce n’est pas ce qui reste quand les autres budgets sont épuisés.

La culture irrigue l’ensemble de nos politiques.

Elle doit être ce fil rouge d’égalité, de liberté, de générosité, de solidarité, de dignité, qui nous relie les uns aux autres et qui nous grandit les uns avec les autres.

Nous nous battons pour elle aujourd’hui et pour l’idée que nous nous faisons de notre ville.

Plus que jamais, aujourd’hui, nous disons « Rennes est culture ».

Je vous remercie.

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