L’événement Bouroullec à Rennes

Je suis fière d’accueillir quatre expositions des frères Bouroullec à Rennes, figures du design reconnues internationalement, dans trois lieux emblématiques : le FRAC, les Champs Libres et le Parlement de Bretagne. Un événement exceptionnel qui va retentir au delà de notre ville.

Discours du 23 mars 2016 au vernissage des expositions Bouroullec à Rennes

Madame la directrice du FRAC
Monsieur le directeur des Champs Libres,
Monsieur le commissaire de l’exposition,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,
Chers amis,

« Donnez-moi un musée et je le remplirai ».

Ce défi que lançait Picasso, Ronan et Erwan Bouroullec l’ont largement dépassé.
Ce n’est pas un musée qu’ils ont rempli, mais trois lieux emblématiques de notre ville. Ce n’est pas une exposition qu’ils nous offrent mais quatre.

C’est vous dire l’immense plaisir qui est le mien, qui est le nôtre, de vernir ce soir ces quatre expositions.

Il y avait une forme d’évidence à ce que Rennes, cher Ronan, cher Erwan, vous offre un jour une carte blanche. Votre nom, vos origines, tout cela, bien sûr, vous relient à notre région et à notre capitale.

Certains n’hésitent pas, même, à rattacher votre style sobre, votre modestie exigeante, aux images toutes faites auxquels on réduit parfois la Bretagne.

C’est un raccourci que je m’interdirais de faire.

Parce que ce serait faire peu de cas, d’abord, de votre singularité, vous qui vous méfiez de toutes les étiquettes. Ce serait aussi nier la complexité de notre Bretagne, entreprenante, innovante, ouverte sur le monde.

Ce serait enfin et surtout se tromper fondamentalement sur les raisons qui nous ont conduits, ensemble, aux côtés du Conseil régional et de notre métropole, aux côtés de nos partenaires et de nos mécènes – je veux les remercier ici – à organiser ces expositions.

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Depuis plus de vingt ans, vous n’avez eu de cesse, en effet, de défricher, d’inventer, de créer une nouvelle grammaire des formes. Avec Jean Prouvé, votre maître à penser, vous pourriez dire que vous n’avez jamais été des « suiveurs ».

Vous avez décliné, meuble après meuble, objet après objet, projet après projet, un alphabet esthétique inédit, en prise avec notre époque nomade, mobile, agile.

Votre style a quelque chose d’un haïku. Il est poétique mais minimaliste. Il est épuré mais toujours riche. Il est ludique sans jamais cesser d’être complexe.

S’il le fallait la résumer en un mot, je dirais surtout que votre œuvre est intrinsèquement libre. Comme ces algues, ces lianes, ces branches, tous ces motifs de la nature que vous avez travaillés et qui vous accompagnent.

Mais votre liberté n’est jamais gratuite. Elle est mise au service d’un usage. Elle est tournée vers le fonctionnel, vers l’utilisateur.

Votre design est, en quelque sorte, participatif, car l’usager joue un rôle fondamental. C’est lui qui conçoit son propre décor. C’est lui qui organise, qui module son atmosphère intérieure.

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De l’espace domestique à l’espace public, de l’objet à la ville, il n’y avait finalement qu’un pas. Vous le franchissez, pour la première fois, ici à Rennes. C’est un tournant dans votre carrière.

Au Parlement, aux Champs Libres, vous nous donnez à voir une « rêverie urbaine » ; une promenade à travers des mobiliers urbains, des pergolas, des fontaines, un ruisseau, un chapiteau, un kiosque.

Vous voulez ré-enchanter la ville, lui donner un supplément d’âme, à la croisée du beau, de l’utile et du juste, au carrefour de la nature et de la culture.

Je ne peux pas m’empêcher de mettre en écho vos réflexions avec les débats que nous menons, en ce moment, pour renouveler les formes urbaines de Rennes.

Nous avons lancé, il y a quelques jours, « Rennes 2030 ».

Nous proposons aux Rennaises et aux Rennais de prendre en main l’avenir de notre projet urbain. Des balades urbaines les invitent à partager leurs usages, leurs envies, leurs critiques. Des mobiliers étonnants les incitent, aussi, à décaler leurs regards.

Ce que nous voulons, à terme, c’est renouveler l’expérience sensible et ludique de la ville. Renouer avec les mots « prairie », « étang », « plage ». Retrouver le sens des places et des centralités.

Il s’agit finalement de « mettre en design la ville », pour échapper à une vision urbaine qui ne serait qu’utilitaire et qui oublierait la visée politique, l’ambition poétique de nos espaces publics.

C’est ce que nous allons faire par l’aménagement de grands projets, notre Centre des Congrès, nos nouvelles stations de métro, ou encore par l’ouverture de nouveaux quartiers, comme celui de la gare. Tous feront la part belle à la qualité architecturale.

Mais nous voulons aussi retricoter le tissu urbain par l’intégration d’œuvres d’art. N’en déplaise à certains, nous allons non seulement poursuivre la tradition rennaise de commande publique, mais nous allons surtout lui donner un nouveau souffle, un nouvel élan.

J’aurai l’occasion, dans les prochaines semaines, de détailler plus longuement la création d’un fonds de dotation pour nous permettre de changer d’échelle et mobiliser la commande artistique, publique et privée, sur des projets d’ampleur.

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Voilà, Mesdames et Messieurs, chers amis, ce que je voulais vous dire, au-delà de la fierté, du plaisir, que nous ressentons tous ce soir autour de Ronan et d’Erwan Bouroullec.

Vous êtes venus parfois de loin pour assister à ce moment exceptionnel. Je veux vous en remercier, comme je veux saluer toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour que ce quadruple vernissage puisse avoir lieu.

« On peut être poète dans tous les domaines, il suffit que l’on soit aventureux et que l’on aille à la découverte. » Ces mots d’Apollinaire, cher Ronan, cher Erwan vous les avez fait vôtre il y a plus de vingt ans maintenant.

Aux Rennaises et aux Rennais, aux Bretonnes et aux Bretons, à nous maintenant de nous faire aventureux, à la découverte de vos univers inattendus, de votre poésie injectée dans notre quotidien.

Vous nous posez la question des espaces dans lesquels nous voulons vivre.

Vous le faites au moment où, à travers le monde, les villes, de Paris à Bruxelles, de Bamako à Ankara, sont attaquées par ceux qui refusent les valeurs urbaines de partage, de tolérance, de vivre-ensemble.

Dans ce moment, nous avons plus que jamais besoin de perspectives nouvelles, pour habiter la ville autrement, plus intensément. Non pas en spectateur, en consommateur, mais en acteur, en citoyen, en poète.

Oui, Rennes n’a pas fini d’être Bouroullec.

Je vous remercie.

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