Rennes ne baissera pas les bras

Intervention au Conseil Municipal du 23 mai 2016 : « Dans ce moment particulier, dans ce contexte troublé, nous devons plus que jamais porter la fierté de Rennes. Nous ne laisserons pas des casseurs confisquer l’image de la ville. »

Mesdames et messieurs,
Mes chers collègues,
Et je m’adresse au-delà aux Rennais qui nous regardent et devant qui nous exerçons nos responsabilités.

La majorité s’est exprimée d’une voix forte et unanime, nonobstant des différences d’appréciation connues sur le projet de loi travail. Je vais répondre dans quelques instants aux deux groupes de la minorité.

Mais avant, je veux redire que nous avons tous été meurtris la semaine dernière. Il n’est pas de Rennais qui n’ait ressenti de la tristesse, de la colère.

Notre ville a été saccagée par des individus ultra-radicaux, des activistes ultra-violents, qui n’avaient rien à voir avec le mouvement de contestation sociale.

Ils ont commis des dégâts considérables, des dégradations intolérables sur les biens publics, sur notre Hôtel de Ville, sur le mobilier urbain mais aussi sur des habitations et de nombreux commerces et entreprises.

Dès le lendemain, au moment où chacun ne pouvait que constater l’ampleur du vandalisme, personne n’a baissé les bras.

Les Rennais ont fait front pour dire qu’il ne pouvait y avoir qu’une seule réponse face à ceux qui s’en prennent à l’état de droit, face à ceux qui méprisent l’ordre républicain, qui détruisent, qui saccagent : une réponse de fermeté.

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J’en ai appelé immédiatement à une mobilisation exceptionnelle des moyens de l’État. Elle m’a été confirmée par les plus hautes autorités, à commencer par le ministre de l’Intérieur avec qui j’ai été et je suis encore en lien permanent.

Mobilisation exceptionnelle d’abord pour le maintien de l’ordre.

La nomination anticipée d’un nouveau Préfet et le renforcement immédiat des unités de sécurité a permis d’éviter de nouveaux heurts, en particulier lors de la manifestation, pourtant interdite, du samedi 14 mai et durant toute la semaine dernière.

À plus long terme, nous avons obtenu du Gouvernement la création de postes de policiers supplémentaires dans le département. J’ai personnellement salué l’engagement et le professionnalisme des forces de l’ordre à l’occasion de la visite de Bernard Cazeneuve, le 15 mai.

Mobilisation exceptionnelle, ensuite, de l’autorité judiciaire.

Chacun a pu constater que les opérations de police et les interpellations se sont multipliées ces derniers jours. Jeudi dernier encore des activistes qui voulaient mener une action contre le métro ont été pris sur le fait.

Ils devront répondre de leur acte, en supportant financièrement le coût des réparations et de la perte d’exploitation du réseau de métro. S’agissant de la Ville, un dépôt de plainte a été systématiquement adressé pour chacune des dégradations commises.

Mobilisation exceptionnelle enfin de la solidarité nationale.

Dès le lendemain de la nuit de violence, j’ai demandé à l’État de compenser les préjudices subis. Le Premier ministre, sur mon interpellation, a annoncé un fonds exceptionnel d’indemnisation.

Le Préfet a installé ce matin même, en ma présence et celle des acteurs du monde économique et des représentants des différents services de l’État, une commission chargée de sa mise en œuvre.

Des mesures d’urgence ont été discutées et annoncées : remboursement des franchises d’assurance, report des paiements de cotisations, mise en place d’un accompagnement individualisé des entreprises en difficulté, cellule de soutien aux salariés.

Mais je souhaite que nous allions plus loin parce que trop de commerces ont été affaiblis par les manifestations à répétition qui, trop souvent, se sont soldées en marge des rassemblements par des violences et des dégradations.

Il y a quelques semaines nous avons signé avec l’ensemble des acteurs du commerce, un plan fort et ambitieux. Sa mise en œuvre va être amplifiée et accélérée avec une mobilisation exceptionnelle de la collectivité, y compris financièrement, à la hauteur des événements que nous avons connus.

La Ville le déploiera, aux côtés de la Métropole qui a aussi annoncé sa participation, en agissant tous azimuts sur l’accessibilité du centre-ville par les transports en commun, le stationnement, l’événementiel et la communication.

J’ai reçu à ce sujet, vendredi après-midi, une délégation du Carré Rennais – nous en avons reparlé ce matin en préfecture. Ensemble, nous avons convenu de finaliser, en milieu de cette semaine, les premières concrétisations de ce plan d’urgence.

Avec l’accueil des demi-finales du Top 14, le lancement des soldes d’été, la braderie, la Fête de la Musique, l’Euro, Transat en ville et tous nos événements d’été, nous avons de belles cartes en main, sur deux mois complets, pour redonner de la confiance, de la vigueur à notre centre-ville, à ses commerces, à ses entreprises, à ses habitants.

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Mes chers collègues,

Dans ce moment particulier, dans ce contexte troublé, nous devons plus que jamais porter la fierté de Rennes. Nous ne laisserons pas des casseurs confisquer l’image de notre ville.

C’est ce que j’ai appelé « Rennes qu’on aime » en voyant la foule qui était rassemblée, dès le lendemain, sur l’esplanade Charles de Gaulle pour Fous de Danse. Ce mot d’ordre a depuis été repris dans des centaines de messages sur les réseaux sociaux.

C’est pourquoi j’en appelle d’autant plus, ce soir, à la responsabilité.

Stigmatiser Rennes, dramatiser à outrance, parler de « couvre-feu », de « ville-morte », de « capitale de la violence », c’est faire le jeu de ceux qui veulent nous affaiblir, c’est jouer la politique du pire.

Les Rennais ne sont pas dupes.

Ils rejettent l’outrance et l’exploitation politicienne auquel vous voulez nous réduire, au moment où tout nous appelle au contraire au rassemblement le plus grand.

Ils réfutent les contre-vérités et les mises en cause injustes auxquelles d’aucuns voudraient s’abaisser alors que la situation exige que nous soyons tous à la hauteur.

Ils refusent les polémiques et la démagogie quand les habitants, les commerçants et tous les acteurs économiques du centre-ville font preuve, eux, d’un sang-froid et d’une détermination remarquable.

Ne comptez pas sur moi, sur nous, pour répondre à des provocations, à des incantations, qui ne sont finalement qu’un paravent à l’absence totale de propositions. S’opposer ce n’est pas vociférer, c’est vouloir enrichir encore la politique qui est menée. Je constate que ce n’est pas votre conception du débat.

Mais je le dis, rien ne nous détournera de notre action.

Action pour exiger de l’État qu’il assure la sécurité publique conformément à ses compétences.

Action pour garantir à chacun le droit constitutionnel de manifester, dans un dialogue permanent avec les organisations syndicales.

Action enfin pour permettre à chacun, habitant, commerçant, salarié, touriste de passage, de vivre dans cette ville que nous aimons et que nous continuerons à défendre et à servir coûte que coûte.

Je vous remercie.