Commémoration de l’abolition de l’esclavage

Une cérémonie commémorant l’abolition de la traite et de l’esclavage a eu lieu dans les grands salons de l’Hôtel de Ville. Elle lançait également le festival Rennes au pluriel, rendez vous pour l’égalité et la diversité culturelle.

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Mon discours lors de la cérémonie :

Monsieur le sous-préfet,
Monsieur le Président du collectif Breizh Africa, Paul Ondogo, Monsieur le Président du MIDAF, Francis Le Herissé, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
Je suis très heureuse que nous soyons réunis, en ce 10 mai, dans notre Hôtel de Ville, pour une cérémonie à laquelle je tenais beaucoup.

Il y a 16 ans, sous l’impulsion de Christiane Taubira et de nombreuses associations, le Parlement adoptait définitivement une loi qui reconnaissait la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité.

La France fut le premier pays à accomplir ce geste essentiel de mémoire. Sa signification s’inscrivait dans un devoir de vérité, de lucidité sur l’horreur du commerce triangulaire. Mais elle dépassait la seule dénonciation des crimes.

Elle rendait une dignité aux 12 millions d’êtres humains qui en ont été dénués.
Elle était un hommage envers celles et ceux qui ont lutté contre l’asservissement et la négation de l’Homme par l’Homme. Elle reconnaissait, enfin, un lien, toujours vivace, avec des discriminations qui entachent encore aujourd’hui la promesse républicaine.

Ce passé, tout ce passé, est le nôtre. Nous ne devons jamais nous y dérober, jamais le minorer ou l’oublier. Pendant longtemps il a été caché, enfoui sous le silence ou le déni. Dans le récit national, la mémoire était rétive, pour reprendre les mots justes d’Édouard Glissant.

Mais par le travail des associations, des chercheurs, cette mémoire a retrouvé sa place. Elle est aujourd’hui enseignée à part entière dans nos classes. Je salue les lycéens de Bréquigny qui sont avec nous aujourd’hui. Elle a ses lieux de commémoration de Point-à-Pitre à Nantes. Elle a ses dates et ses figures qui plongent dans les idéaux même de la République, de Toussaint Louverture à Victor Schœlcher, d’Alphonse de Lamartine à Gaston Monnerville.

Cette mémoire vivante, nous ne devons pas en faire un monument, mais le ferment d’une vigilance, contre toutes les idéologies mortifères qui veulent scinder l’humanité. Elle doit être la boussole d’une lutte permanente contre les volontés d’exclusion, le racisme insidieux ou la xénophobie rampante.

Cette mémoire doit éveiller constamment nos consciences. Elle doit nous rassembler.
C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité que cette cérémonie marque le lancement de Rennes au Pluriel.

Ce festival s’est toujours voulu le visage de notre ville accueillante, tolérante, fière des cultures qu’elle abrite et des métissages qu’elle suscite. Il est un symbole d’un esprit rennais que nous voulons porter haut contre les crispations et les préjugés, en particulier dans la lutte contre les idées extrémistes.

Dimanche dernier, notre ville a rejeté d’une façon exemplaire le danger du Front national. Nous avons été en première ligne de cette victoire par laquelle la France a su rester elle-même, attachée à la République et fidèle à l’idéal européen. Mais cette fierté ne doit pas nous dispenser pour autant d’une réflexion de fond sur les ressorts de ce vote.
Il se nourrit d’un monde en profond bouleversement, où les repères collectifs vacillent, où la peur du déclassement saisit les plus fragiles.

Dans ce contexte, l’identité devient un refuge, elle sert de repli. La vague populiste, qui menace aujourd’hui toutes les démocraties, prospère sur la crispation contre les minorités et l’illusion d’une identité figée.

Aussi pendant toute la durée de Rennes au Pluriel et au-delà, avec les acteurs, les associations, les collectifs et les institutions, nous faisons un travail d’éducation au pluralisme.

Du Blosne à Maurepas, de Beauregard à République, de concerts en expositions, nous ferons découvrir des lieux, des arts, des histoires, cher Benoit Careil. Nous tisserons la toile qui soutient le vivre-ensemble. Nous affirmerons que la diversité est centrale dans la construction de chacun et du commun.

Nous sommes pluriels. Nous ne réduisons pas, individuellement ou collectivement, à une culture en bloc, monochrome ou monocorde. Nous nous nourrissons au contraire des influences et des différences qui nous entourent.

C’est l’histoire même de la France.

Fernand Braudel nous enseigne que « l’identité est une narration qui croise des individus et des moments ». Il ajoutait « l’identité de la France est dans sa diversité » et dans l’accueil de celles et ceux qui ont voulu la rejoindre, par l’immigration.

C’est la raison pour laquelle je crois profondément que nous devons assumer notre devoir d’hospitalité. Il est consubstantiel de ce que nous sommes, nous Français, et des valeurs sur lesquelles est fondée la République.

Rennes prend ses responsabilités en assumant l’accueil des migrants et en luttant pied à pied pour l’intégration, le respect, contre toute forme de communautarisme et de discrimination.

Nous avons créé un comité consultatif, Rennes au pluriel, pour analyser avec tous les acteurs engagés es situations qui peuvent poser problème et proposer les mesures les plus appropriées.

D’ici quelques semaines, avec Geneviève Letourneux, nous présenterons un nouveau plan municipal de lutte que je souhaite ambitieux autant qu’audacieux.

Nous devons être capables d’inventer de nouvelles réponses, capables de sortir des sentiers battus et des solutions toutes faites. L’égalité des droits, l’égalité des chances, l’égalité en dignité de tous les citoyens doivent être au cœur de notre combat.

***

Voilà Mesdames et Messieurs, les quelques mots que je voulais partager avec vous ce soir.

Cette cérémonie nous rappelle que la lutte contre l’esclavage fut un combat du passé, mais il reste aussi un engagement d’aujourd’hui et demain. Des représentations y sont toujours associées que nous ne devons jamais accepter et surtout l’esclavage sévit encore dans des situations quotidiennes qui sont autant d’insultes à nos valeurs.

Aimé Césaire avertissait qu’une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. Ne rusons pas. Ne soyons pas moribonds. Regardons en face les défis qui sont les nôtres, de cohésion, d’identité, d’intégration et soyons certains que nos valeurs républicaines, de liberté, d’égalité, de fraternité, sont la meilleure réponse que nous pouvons leur donner.

Merci à chacune et à chacun. Je veux vraiment saluer l’engagement de tous ceux qui ont permis à cette programmation de voir le jour. Elle fait honneur à Rennes car elle permet de conjuguer au singulier notre diversité.

Je vous remercie.

Seul le prononcé fait foi