Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation

Mon discours à l’occasion des cérémonies d’hommage aux victimes et aux héros de la déportation, prononcé le dimanche 30 avril à Rennes.

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Mesdames et Messieurs les élus, chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Quelques mots pour remercier toutes celles et ceux qui ont contribué et participé à ces cérémonies.
Je veux saluer singulièrement nos portes drapeaux pour leur fidélité.
Je voudrais également remercier les associations pour le travail formidable qu’elles accomplissent notamment pour que la jeune génération soit témoin, elle aussi, de ce qu’elle n’a pas vécu.

Comme chaque année, nous faisons mémoire des victimes et des héros de la déportation. Nous nous souvenons de leurs martyres, des crimes de leurs bourreaux, des souffrances endurées et de la blessure faite à l’humanité toute entière.

Un passé que nous ne devons jamais cesser de rappeler pour que cette journée ne s’inscrive pas seulement dans la peine et la douleur, mais aussi dans la vigilance et dans l’espoir.

Chaque année, des questions nous interpellent.

Quels mots choisir pour décrire avec justesse cette folie destructrice ? Comment transmettre une mémoire qui ne doit pas aveugler, mais au contraire éclairer le sens que peut prendre subitement le cours des événements ?

À ces interrogations, je réponds qu’il faut rappeler inlassablement la vérité des faits, contre la tentation du silence ou les tentatives de falsification. « Le bourreau tue toujours deux fois, enseignait Elie Wiesel, la seconde fois par l’oubli. »

Les camps de concentration et d’extermination sont le produit d’une idéologie totalitaire qui ne tolérait aucune différence, ne supportait aucune divergence. Sa visée était de remodeler l’humanité.

15 à 20 millions de vies furent emportées, pour le seul crime d’une culture, de convictions, d’un handicap ou d’une identité.

Juifs, Tziganes, résistants, homosexuels, prêtres ; hommes, femmes, enfants, vieillards ; de toutes nationalités, de tous pays, furent poursuivis, déportées, mises en esclavage ou assassinées.

Les étoiles jaunes et les triangles roses, rouges ou noirs se confondaient dans la même œuvre de mort, qui ne fut pas seulement celle de l’Allemagne, mais bien, aussi, de la France qui prêta son aide aux criminels.

Hommage doit être rendu au Président Jacques Chirac d’avoir reconnu cette honte qui entache notre Histoire. Nous gardons encore aujourd’hui sa leçon.

Notre pays est une grande Nation parce qu’elle ne trie pas son Histoire. Elle ne sélectionne pas ses heures de gloire au détriment de ses ombres. La France s’accepte comme un tout, comme un bloc, aurait dit Clemenceau. Elle regarde tout autant ses fautes que l’héroïsme de ses Justes.

Dans cette période particulière où la République nous appelle dans les urnes, je veux le dire sans détour.
On ne peut pas prétendre occuper la plus haute fonction de la République et affirmer que notre pays ne fut pas responsable du Vel d’Hiv. On ne peut pas présider la France tout en professant l’intolérance, le rejet et la discorde.

Et parce que je ne suis soumise pour ma part à aucune obligation de réserve, permettez moi d’ajouter clairement et dans le même esprit que ne pas choisir le 7 mai, tergiverser, c’est choisir la faillite morale et la ruine de nos libertés que représenterait l’extrême-droite au pouvoir.

Ne nous trompons pas. L’heure est de nouveau au péril. Nous assistons, dans le monde entier, à un basculement idéologique. La démocratie en recul, le renoncement à l’accueil des réfugiés, la montée de la xénophobie, la contestation de l’idéal européen composent une « grande régression ».

Elle se nourrit de l’exclusion, de la peur du déclassement, du désespoir aussi de ceux qui se sentent bloqués, assignés à une place sociale ou menacés dans leurs identités. Nous devons l’entendre mais aussi y répondre par une nouvelle compréhension, de nouvelles solutions.

Je souhaite que Rennes, forte des principes humanistes qui ont toujours été les siens, forte de cette mémoire que nous gardons au plus profond de nous, soit toujours à l’avant-poste du combat contre l’extrémisme.

« Le passé a besoin que nos célébrations le sauvent sans cesse du néant. » nous enseigne le philosophe Vladimir Jankélévitch qui évoquait la lutte entre la marée irrésistible de l’oubli qui submerge toutes choses contre les protestations de la mémoire.

Nous devons être cette protestation contre l’amnésie, des vigies toujours en alerte contre le racisme et l’antisémitisme ; des résistants de la mémoire au nom de notre avenir commun.

Mesdames et Messieurs,

Voilà le sens de cette célébration, la raison de cette commémoration.
Voilà pourquoi il est important de toujours nous rassembler pour cultiver nos valeurs et dissiper la logique de haine.

À toutes et à tous, merci d’être là, dans la même émotion.

Merci d’être cette relève qui ne veut ne pas plier, qui ne veut pas se replier, mais qui veut assumer la grande responsabilité d’être à la hauteur de la mémoire de la déportation et des défis d’aujourd’hui.

Je vous remercie