Rendre compte, expliquer le cap

Une tradition désormais bien établie à Rennes veut que nous accordions à la presse la première rencontre officielle de l’année, avant toutes les cérémonies – et elles sont très nombreuses  – qui rythmeront ces prochains jours.

Je suis très heureuse de m’y plier cette année encore, pour vous souhaiter à chacune et à chacun, ainsi qu’à vos rédactions, à vos lecteurs, vos auditeurs, vos téléspectateurs, tous mes vœux les plus sincères et les plus chaleureux pour 2019.

Nous vous donnons cette primeur car vous êtes, au-delà évidemment des nombreuses rencontres directes que nous avons avec eux, un lien privilégié qui nous rattache aux Rennaises et aux Rennais. C’est aussi à travers vous que nous expliquons nos projets, que nous rendons compte de l’avancement de nos chantiers, que nous donnons notre part de vérité.

Je remercie d’ailleurs la direction de la communication, le service de presse de vous accompagner, au jour le jour, et de répondre aussi rapidement et précisément que possible à vos demandes qui, je crois, ne sont pas moins nombreuses.

C’est tant mieux parce c’est le signe d’une vitalité rennaise de la presse, dans un paysage plus large qui, lui, n’est pas sans nous inquiéter.

La fin de l’année a vu l’hostilité à l’encontre des journalistes franchir un cran supplémentaire. Aucune cause, et je le dis très solennellement ce matin, ne peut justifier qu’on empêche un journal de paraître et des journalistes de faire leur travail d’information. Ces menaces, ces insultes, ces agressions, en marge des manifestations, ont mis en lumière une certaine médiaphobie qui est devenue l’un des maux les plus communs de nos démocraties.

S’attaquer à la presse, dénoncer ce qui serait son ignorance des réalités, sa connivence avec le pouvoir ou ses dissimulations s’est banalisé, jusqu’au plus haut niveau de responsabilité politique. Chacun se souvient du « bullshit médiatique », de « cette presse qui ne rechercherait plus la vérité » ou des moqueries sur l’accent d’une de vos consœurs.

Les causes profondes de ce phénomène sont à chercher pour partie, je crois, dans ce climat qu’instaurent les réseaux sociaux, qui polarisent les opinions, qui hystérisent les débats et qui surtout disqualifient les nuances.

Dans ce contexte, jamais la presse n’a été aussi nécessaire qu’aujourd’hui pour rendre accessible la réalité têtue des faits, la complexité des décisions, la nécessité des compromis. Jamais cette pédagogie de la démocratie, dont vous êtes les premiers éducateurs, n’a été aussi essentielle.

La logique des réseaux sociaux et l’évolution des ventes et des audiences peut pour autant pousser à donner aux lecteurs seulement ce qu’ils veulent cliquer, au détriment de ce qu’ils voudraient savoir. Alors je sais bien, en 2019, le risque et la pression risquent d’être encore plus élevés.

Chacun sera à l’affût, dans cette année pré-électorale, des annonces des uns, des propositions des autres. Sur ce registre, ce n’est ni le lieu ni le moment de vous en dire plus.

Sachez simplement que je suis toujours aussi sereine, et toujours aussi déterminée. Je garde le cap qui est le nôtre depuis le début, à commencer d’ailleurs par cette nouvelle donne démocratique que nous avons mise en œuvre, en nous appuyant sur une tradition ancrée ancienne, dans notre ville, de concertation.

Chacun le dit aujourd’hui, la vie démocratique ne peut plus se limiter à un bulletin dans l’urne, et encore moins pour désigner un élu qui se voudra omniscient et qui prétendrait décider seul, en « verticalité », isolé dans un bureau et isolé dans ses certitudes.

Le mouvement des Gilets Jaunes, dans son opposition à un pouvoir élu il y a 18 mois seulement, dans sa difficulté également à désigner des délégués, est un nouveau témoignage de la crise fondamentale que traverse la logique représentative.

À notre échelle, ici, maintenant, nous avons la responsabilité d’expérimenter, de chercher des solutions, de sortir de la routine démocratique, comme nous le faisons par exemple avec le budget participatif. 16 000 personnes ont voté lors de la dernière édition. Ce n’est pas rien. Plus de 2 100 projets ont été déposés par les Rennais en trois saisons. Ce n’est pas rien non plus.

La Fabrique Citoyenne va au-delà. Ce sont les conseils de quartier qui associent concrètement et au plus près les habitants aux décisions de proximité qui les concernent. Ce sont les comités consultatifs que nous avons multipliés pour organiser le débat local et faire émerger le consensus. Ce sont les questions que les citoyens peuvent directement inscrire à l’ordre du jour du Conseil municipal.

Nous nommerons, dans l’année, un médiateur municipal, indépendant, qui pourra être saisi par tous les Rennais qui le souhaitent en cas de difficultés avec les services municipaux.

Alors, je sais bien que le fonctionnement de ces instances ne cadre souvent pas avec les exigences médiatiques. Il nous a même été dit, aussi, que c’était du bavardage sinon de la poudre aux yeux. Je n’ai pas dit de « perlimpinpin ».

Mais chacun peut voir aujourd’hui concrètement que les projets participatifs, les uns après les autres, par petites touches, ici un espace naturel, là des panneaux photovoltaïques, ici encore une piste cyclable… changent la ville.

Chacun peut constater aussi sur différents dossiers que nous sommes capables de reprendre le crayon, quand c’est nécessaire, avec les citoyens et les associations.

Le courage en politique n’est pas de s’entêter, de cliver, de jouer, par tactique, les uns contre les autres, mais au contraire, dans un climat de fatigue sociale, de rassembler, de garantir la concorde et de faire confiance aux citoyens.

C’est la ligne directrice – je pense pouvoir parler au nom de tous mes collègues – de notre action. La raison d’un engagement qui consiste à lutter contre le délitement des liens civiques, à conjurer le repli sur la sphère individuelle, à combattre aussi les précarités qui isolent, les discriminations qui excluent, les injustices qui désespèrent.

Je partage l’analyse de Raphaël Glucksmann avec qui j’ai plaisir d’échanger souvent, qui voit dans « l’infiniment seul » le nœud de toutes les crises, qu’elles soient économiques, écologiques, démocratiques, sociales et politiques que nous vivons aujourd’hui.

A contrario, si Rennes vit aujourd’hui une période exceptionnelle de réussite, que symbolisera en juin prochain, cher Emmanuel, l’inauguration de la nouvelle gare, c’est peut-être parce que nous avons su cultiver, de longue date, souvent d’ailleurs contre l’air du temps, le sens du commun et les biens collectifs.

Alors nous oublions parfois la singularité, dans le paysage national, de notre modèle social, qui repose sur la gratuité ou sur la tarification solidaire pour les familles les plus modestes, des abonnements STAR, des premiers mètres-cubes d’eau, des activités périscolaires.  

Un modèle qui prévoit des exigences très fortes en matière de construction de logements, que nous allons encore accroître, pour contenir l’inflation des prix de l’immobilier et à chacun d’habiter en ville.

Un modèle que nous allons encore renforcer de nouvelles solidarités en 2019. La Maison des Aînés et des Aidants ouvrira ses portes à la rentrée. Elle offrira une écoute  personnalisée pour tous ceux qui le souhaitent, un réconfort pour prévenir l’isolement et soutenir aussi celles et ceux qui accompagnent

Deux nouvelles crèches associatives seront inaugurées, celle du Jeu du Paume en centre-ville et une structure nouvelle en langue bretonne ; et les travaux de celle du quartier de Baud-Chardonnet démarreront.

Nous poursuivrons enfin notre plan massif de rénovation et de construction pour nos écoles qui bénéficient, au nom de l’égalité devant la réussite, du premier budget de la Ville. L’école Pasteur sera livrée dans l’année scolaire 2019-2020.

Au total 100 millions d’euros seront investis pour nos écoles d’ici 2024, dont 30 pour les années 2018 et 2019. L’essentiel des travaux permettra de réduire notre empreinte carbone.

C’est le combat n°1 de ce mandat, et des prochains.

2018 a vu une prise de conscience inédite des enjeux climatiques. Chacun sait dorénavant que nous n’avons plus le choix, que nous devons changer, individuellement, changer collectivement, sortir des ambivalences, modifier nos échelles de valeurs, pour enrayer cette catastrophe annoncée.

Rennes est à l’avant-garde au niveau national de la mutation écologique.

Quelques exemples : depuis une semaine, 100% de l’électricité qui alimente les bâtiments municipaux est durable. Après la toiture du Blizz, nous lancerons au printemps un appel à manifestation d’intérêt pour couvrir de panneaux photovoltaïques les 4000 m² de toiture de la piscine de Bréquigny et de la salle Colette Besson.

En mars prochain, nous adopterons, cher Sébastien, le nouveau plan local d’urbanisme que nous avons conçu pendant trois ans avec les Rennaises et les Rennais. Pas à pas, les engagements de Rennes 2030 se mettent en œuvre.

La biodiversité en ville reprend ses droits. L’année dernière, et je sais que c’est un sujet regardé avec beaucoup d’attention, nous avons planté 900 arbres supplémentaires. En 2019, 2000 nouveaux seront mis en terre, pour l’essentiel à la Prévalaye, où s’installeront également de nouveaux projets d’agriculture urbaine. Dans le même temps, nous poursuivrons la transformation des prairies Saint-Martin en Parc naturel urbain.

Les berges se révèlent aussi. Les plages de Baud-Chardonnet seront inaugurées au printemps. À l’Octroi, les travaux du Bacchus démarrent. Ce lieu de culture au bord de l’eau qui en appellera très vite d’autres, dont nous aurons le plaisir de vous parler très rapidement.

L’architecture se libère. Nous présenterons cet hiver, avec le Groupe La Poste, le projet lauréat pour redonner vie et ouvrir les portes de cet emblème de Rennes qu’est le Palais du Commerce. En mai, nous lèverons le voile sur le futur Hôtel Dieu.

Je donne rendez-vous aux Rennaises et aux Rennais le 5 mars prochain pour leur restituer les débats sur l’avenir du cœur de Rennes qui ont rythmé la fin de l’année dernière. Je retiens comme l’un des moments marquants en 2018, ce week-end sans bus ni voiture, où nous avons pu redécouvrir une ville apaisée, où il est possible de lâcher la main de ses enfants lorsque l’on s’y promène.

Sans dévoiler bien sûr avant l’heure les conclusions de cette concertation au long cours – ses consensus comme ses dissensus – je constate une envie très partagée de révéler davantage encore Rennes, et en particulier le charme des places qui font son identité.

La modification du plan de circulation des bus, avec la mise en service de la ligne b du métro en 2020, est une formidable opportunité de rénover et de mieux partager l’espace public. Mais ce changement doit se faire sans dogmatisme, dans la durée, dans la constance, sans volonté de pénaliser ou de tout révolutionner.

Parce que Rennes doit rester la ville de tous. C’est mon obsession.

Ces dernières années, notre ville a franchi de nouveaux caps avec la LGV et le Couvent des Jacobins, tout en gardant son âme. Elle a engrangé des réussites, en matière d’emploi, d’innovation, d’enseignement supérieur, tout en préservant ses équilibres.

Je crois fondamentalement que cette alchimie est la clé de notre succès. En 2019, je veux plus que jamais consolider une ville juste, qui fait une place à chacun pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a.

Une ville durable et une ville agréable.

Une ville rassemblée, enfin, qui veut donner à chaque citoyen, en particulier à celles et à ceux qui ont perdu toute confiance en la politique, les moyens de proposer, de décider, de s’exprimer. 

Évidemment, je suis pleinement consciente des réponses que nous devons, avec l’État, continuer à apporter, en termes de tranquillité publique notamment. J’aurai l’occasion de l’évoquer plus longuement durant mes vœux aux forces de sécurité.

Je présenterai également, lors des autres cérémonies, nos priorités pour la culture, le sport, nos associations, nos quartiers, nos entreprises.

Mais vous l’avez compris, je veux faire de 2019 une année rennaise, c’est-à-dire une année qui nous permette de faire avancer ce que nous avons en commun, nos valeurs, celles qui font que notre ville est plus qu’une agrégation d’individus, plus qu’une succession de rues.

Rennes, c’est un esprit particulier, une ville de débats, d’engagement, d’ouverture, de bienveillance. Une ville qui cultive inlassablement, pas après pas, brique après brique, le commun.

Par les fonctions que vous occupez, les responsabilités que vous assumez, vous êtes des artisans indispensables de cette singularité mais aussi de cette intelligence collective.

Je vous souhaite, à toutes et à tous, une année vivante et passionnante, une année où je l’espère vous serez plus que jamais écoutés, partagés, contestés peut-être, mais toujours respectés.

Vous pouvez compter sur nous pour porter votre liberté. Elle peut s’exprimer en critiques ou en réserves, c’est le jeu, mais elle sera toujours le fondement de la nôtre, et en ce 7 janvier, quatre ans après, nous sommes toujours Charlie.

Excellente année 2019.